Sur le capot d’une petite Fiat, un écusson jaune et rouge montre un scorpion prêt à frapper. Ce n’est pas un simple ornement : c’est la signature d’un homme né sous le signe du Scorpion, et qui a décidé d’en faire sa marque de fabrique.
Cet homme, c’est Carlo Abarth. Né à Vienne en 1908, il se passionne d’abord pour les motos et la compétition avant de s’installer en Italie, où il fonde à Turin, en 1949, la société qui porte son nom. Turin, c’est la ville de Fiat, de ses ateliers, de ses carrossiers et de ses ingénieurs. Abarth n’y vient pas pour concurrencer le géant, mais pour lui prendre ses voitures et les rendre plus rapides.
Des silencieux qui font le bruit
Avant de préparer des moteurs, la maison s’est fait connaître par un accessoire : le silencieux d’échappement. Les échappements Abarth ont gagné en réputation parce qu’ils libéraient de la puissance tout en donnant à la voiture une sonorité reconnaissable entre mille. Beaucoup d’automobilistes italiens de l’époque les ont d’abord montés sur leur voiture de tous les jours, simplement pour l’entendre autrement.
Cette activité a servi de base financière et de vitrine. Elle a permis à l’atelier de grandir, d’embaucher des mécaniciens et de se lancer dans des projets plus ambitieux, avec des voitures de course construites autour de mécaniques de série mais poussées bien au-delà de leurs réglages d’usine.
La petite Fiat qui rugit
Le nom d’Abarth reste indissociable des modèles compacts de Fiat, et en particulier de la 500 puis de la 595. Le principe est simple à énoncer et difficile à réussir : prendre un petit bicylindre refroidi par air, en augmenter la cylindrée, revoir l’alimentation, l’allumage et l’échappement, renforcer ce qui doit l’être. La citadine devient une voiture qui surprend des mécaniques bien plus grosses sur route comme en course.
Cette logique a fait école. Elle repose sur un rapport puissance-poids favorable et sur une légèreté que l’on ne retrouve plus guère aujourd’hui. Ces petites Abarth, avec leur capot arrière entrouvert pour laisser respirer le moteur, sont devenues des objets de collection très recherchés, et leur silhouette continue d’inspirer les modèles actuels de la marque.
Prendre le plus petit moteur, en tirer le plus grand plaisir.
De l’atelier indépendant à la marque intégrée
Abarth n’a pas seulement préparé des voitures de série. L’entreprise a aussi conçu ses propres voitures de compétition, engagées dans des courses de côte, des épreuves d’endurance et des championnats dans les catégories de faible cylindrée, où elles ont accumulé les victoires de classe. Ces succès ont nourri la légende du scorpion et prouvé qu’un petit atelier pouvait rivaliser avec de grandes structures.
En 1971, l’histoire prend un tournant : Fiat reprend l’entreprise. Carlo Abarth, qui avait bâti sa réputation en marge du constructeur, se retire peu après. La marque, elle, entre dans le giron de Fiat et se met au service de sa compétition. C’est sous cette bannière que des modèles de rallye estampillés Fiat Abarth ont brillé sur les routes du championnat du monde vers la fin des années 1970. Carlo Abarth est mort en 1979.
Un nom qui a survécu à son fondateur
Après une période plus discrète, le nom Abarth est revenu au premier plan au milieu des années 2000, avec des versions sportives de modèles Fiat grand public. On retrouve dans ces voitures le même esprit : une petite base populaire, un moteur suralimenté, un échappement sonore, un écusson au scorpion sur le flanc.
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est la constance d’une idée. Abarth n’a jamais cherché à bâtir de grandes routières ni des voitures de prestige. Il a cultivé une catégorie à part : celle de la voiture minuscule qui se prend pour une grande. Les préparateurs qui se sont fait un nom depuis, chacun dans son registre, ont tous un peu suivi ce chemin : partir d’une voiture existante, la comprendre mieux que ses concepteurs, et lui donner du caractère.
Aujourd’hui encore, lorsqu’une petite sportive italienne passe en faisant vibrer l’air de son échappement, la référence est immédiate. Le scorpion n’a pas eu besoin d’être grand pour marquer les esprits. Il lui a suffi de piquer au bon endroit, au bon moment, et de laisser le moteur faire le reste.


