Old Lyme, dans le Connecticut, est plus connue pour ses peintres impressionnistes que pour ses moteurs. C’est pourtant là qu’un jeune ingénieur, Reeves Callaway, fonde en 1977 une petite entreprise dans son garage. Son premier produit est un kit de turbocompresseurs pour BMW. Il ne soupçonne pas encore qu’il deviendra l’un des préparateurs les plus étroitement associés à la Corvette.
Du kit BMW à Chevrolet
Le kit BMW est testé favorablement par la presse spécialisée, et cela suffit à lancer l’affaire. Callaway Cars se fait connaître par un travail précis sur la suralimentation, une spécialité qu’elle ne quittera plus. Le tournant vient en 1987, quand elle noue une relation durable avec Chevrolet et sa Corvette.
Le point curieux de l’histoire est le circuit de distribution. General Motors accepte que la Corvette soit vendue avec une option d’usine, référencée sous le code B2K, qui envoie la voiture chez Callaway pour y recevoir un double turbo. Le client commande sa Corvette chez un concessionnaire Chevrolet, coche l’option, et l’auto est expédiée au Connecticut avant de revenir chez lui. C’est une situation exceptionnelle : GM autorise l’intervention d’un préparateur indépendant sur son modèle vedette,.
Un V8 avec deux turbos
La Callaway Twin Turbo repose sur le V8 de la Corvette de l’époque. Elle reçoit deux turbocompresseurs, des pièces internes renforcées et un refroidissement adapté. La puissance annoncée pour la première série tourne autour de 345 chevaux, avec un couple élevé, et la vitesse maximale dépasse les 280 km/h. Le prix, un peu plus de 50 000 dollars, place la voiture dans la catégorie des sportives haut de gamme.
Ce que Callaway apporte à la Corvette est une vraie identité de voiture rapide. À une époque où la Corvette souffre parfois de la comparaison avec les sportives européennes, la version turbo joue sur le terrain de la vitesse pure. Elle est aussi reconnaissable : des ouvertures spécifiques, un habillage particulier, et un badge qui ne se confond avec aucun autre.
Le Sledgehammer et son record
La voiture qui fait entrer Callaway dans l’histoire est un exemplaire unique, surnommé Sledgehammer, littéralement « la masse ». Construite à partir d’une Corvette de 1988, elle est dotée d’un V8 poussé à environ 880 chevaux, avec une carrosserie plus aérodynamique conçue pour la vitesse. Elle est testée sur la piste du Transportation Research Center, dans l’Ohio, un anneau d’essais de plusieurs kilomètres.
Elle atteint 254,76 miles par heure, soit environ 410 km/h, et devient la voiture homologuée pour la route la plus rapide du monde. Ce record tient plus de vingt ans, jusqu’à ce que la Bugatti Veyron Super Sport le dépasse en 2010, avec 267,85 miles par heure. Pour un atelier de taille modeste, l’exploit est spectaculaire.
L’esprit Callaway aujourd’hui
Reeves Callaway est décédé en 2023, à 75 ans. La marque, elle, survit à travers des projets liés à la Corvette et à d’autres modèles. On y trouve toujours la même approche : partir d’une voiture de série, la pousser jusqu’à sa limite technique et le faire avec un vrai sens de l’ingénierie.
Son histoire rappelle qu’un préparateur peut changer l’image d’un modèle. Avant Callaway, la Corvette était souvent considérée comme puissante mais brute. Avec lui, elle a montré qu’elle pouvait rivaliser en vitesse pure avec les meilleures sportives d’Europe, et l’affirmer sur un circuit d’essais avec des chiffres à l’appui.


