En septembre 1984, à Omori, dans la banlieue de Tokyo, Nissan crée une société au nom un peu long : Nissan Motorsports International. Personne ne l’appellera jamais ainsi. Tout le monde dira Nismo. L’idée est de regrouper sous un même toit deux services jusque-là séparés, l’un installé à Omori, l’autre à Oppama, où l’on testait des voitures spéciales. Le constructeur veut une structure unique pour piloter ses engagements en compétition.
Deux services, une seule équipe
Ce regroupement n’a rien d’une opération de communication. Il donne à Nissan un atelier capable de préparer des voitures de course et de les faire courir, avec un président, Yasuharu Namba, connu pour avoir porté les premières années de la structure. La compétition devient un métier à part entière, avec ses ingénieurs, ses mécaniciens et ses budgets.
Très vite, Nismo comprend qu’un savoir-faire de piste peut se monnayer sur route. Elle se lance dans les pièces de performance : échappements, suspensions, éléments de moteur. Les amateurs de Skyline, de Fairlady Z ou de Silvia peuvent ainsi acheter, chez le concessionnaire, un morceau de course. C’est le principe du préparateur d’usine, à mi-chemin entre l’atelier indépendant et le département officiel.
La Skyline GT-R, arme de Groupe A
Le grand moment de Nismo arrive au tournant des années 1990, avec la Skyline GT-R de la génération R32. Nissan sort la voiture en série pour pouvoir l’engager en Groupe A, la catégorie des voitures de tourisme dérivées de modèles de série. Une version dite GT-R Nismo est produite en quantité limitée, destinée à l’homologation, et Nismo dirige le programme de compétition depuis le Japon.
Les résultats sont impressionnants. Au plus fort de sa domination, en 1991, la GT-R remporte neuf des onze épreuves disputées, avant que les règlements ne soient modifiés. Elle gagne aussi les 24 Heures de Spa en 1991, le championnat australien des voitures de tourisme avec Jim Richards, et la course de Bathurst. La voiture, surnommée Godzilla par la presse australienne, entre dans la légende de l’automobile japonaise.
Une série limitée devenue mythique, la 400R
En 1995, Nismo présente la 400R, une Skyline GT-R de la génération R33 fortement revue. Le « 400 » désigne la puissance annoncée, 400 chevaux, obtenue avec un six-cylindres RB26 profondément retravaillé : cylindrée portée à 2,8 litres, pièces forgées, turbos plus gros. La voiture est pensée comme un prolongement de l’expérience acquise avec la GT-R engagée aux 24 Heures du Mans la même année.
L’ambition initiale était de produire une centaine d’exemplaires. On en aurait finalement construit moins de cinquante avant l’arrêt de la génération R33. Le résultat est une rareté, aujourd’hui très recherchée, qui montre bien le type de voiture que Nismo sait fabriquer : peu nombreuse, technique, et ancrée dans un programme de course réel.
Du Mans aux collections
Nismo a aussi participé à des engagements plus ambitieux. Dans les années 1990, elle est impliquée dans plusieurs programmes d’endurance. Parmi eux, la Nissan R390 GT1, développée avec l’aide de Tom Walkinshaw Racing, engagée aux 24 Heures du Mans en 1997 et 1998. Elle place plusieurs exemplaires dans les dix premiers en 1998, avec un V8 biturbo de 3,5 litres.
Aujourd’hui, la marque Nismo sert de label sportif dans la gamme Nissan. On la retrouve sur des versions de la GT-R, de la Z ou de la Juke, reconnaissables à leurs touches de rouge, à leurs réglages plus fermes et à leurs finitions spécifiques. Certains puristes regrettent que l’étiquette ait perdu un peu de sa charge mécanique au profit du style. Elle garde pourtant l’essentiel de son sens : celui d’un atelier né dans une usine, qui a prouvé sur les circuits qu’il pouvait faire d’une voiture de série une machine de course.


