2CV, DS, 4L : trois façons françaises de rouler pour tous

2CV, DS, 4L : trois façons françaises de rouler pour tous

Entre la fin des années 1940 et le début des années 1960, la France a produit trois voitures qui n’ont presque rien en commun, sinon l’idée d’un usage populaire : la 2CV, la DS et la Renault 4. Chacune répond à une question différente, et toutes sont devenues des icônes.

La 2CV, un parapluie à quatre roues

Quand Citroën présente la 2CV au Salon de Paris en 1948, elle surprend par son allure sobre, presque ingrate. Son cahier des charges, attribué à Pierre Boulanger, patron de la marque, est devenu célèbre : un véhicule capable de transporter deux paysans en sabots et une cinquantaine de kilos de pommes de terre ou un panier d’œufs, à travers un champ labouré, sans rien casser. Boulanger parlait volontiers d’un parapluie à quatre roues.

La solution tient à une suspension très souple, à un moteur bicylindre refroidi par air et à une carrosserie réduite à l’essentiel, avec une toile qui se roule pour le toit. Confort de route étonnant, consommation faible, entretien facile : la 2CV convient aux campagnes, puis séduit les citadins, les étudiants, les voyageurs. Sa production s’est poursuivie jusqu’en 1990, une longévité rare.

La DS, la modernité en majesté

Sept ans plus tard, en 1955, Citroën crée l’événement avec la DS. Sa ligne, dessinée par Flaminio Bertoni, semble venue d’un autre siècle, avec un profil fuselé, un toit blanc, un capot très bas. Techniquement, elle ne l’est pas moins : suspension hydropneumatique qui maintient la hauteur de caisse, direction assistée, freins à disque à l’avant, commande hydraulique de la boîte.

Le succès commercial est immédiat, et l’on cite souvent le chiffre d’environ douze mille commandes dès le premier jour du Salon. Son nom, DS, se prononce en français comme « déesse », ce qui n’a pas nui à sa légende. Elle a aussi marqué l’histoire politique : en 1962, lors de l’attentat du Petit-Clamart, la voiture du général de Gaulle, une DS, continue de rouler malgré des pneus touchés, ce qui a contribué à sauver ses occupants.

Populaire ? Pas au sens de la 2CV. Mais la DS a démontré qu’une grande routière française pouvait allier confort, technologie et audace stylistique, et rester en production jusqu’au milieu des années 1970.

La Renault 4, un blue-jean sur roues

En 1961, Renault répond à la 2CV avec un modèle d’une autre nature : la Renault 4, ou 4L. Première Renault à traction avant, elle propose une carrosserie à hayon, très modulable, qui permet de transporter des objets encombrants avec une facilité inhabituelle. Sa simplicité mécanique, son prix contenu et sa robustesse en font une voiture familiale, utilitaire et étudiante à la fois.

La publicité de l’époque la comparait au blue-jean, un vêtement sans prétention, que l’on porte partout et tout le temps. Elle a été produite à plus de huit millions d’exemplaires jusqu’au début des années 1990, et a séduit aussi bien en France qu’à l’étranger. Sa présence dans des raids humanitaires et des rallyes, sur des pistes qu’elle n’était pas censée affronter, en a fait un mythe de baroudeuse.

Trois visions, une même idée

Ce trio raconte des philosophies très différentes. La 2CV mise sur le dépouillement : tout ce qui n’est pas utile disparaît. La DS mise sur l’innovation : la technologie au service du confort, quitte à compliquer l’entretien. La 4L mise sur la polyvalence : une voiture qui fait un peu tout, sans jamais se plaindre.

Elles ont en commun une forme de liberté par rapport aux codes de l’époque. Aucune ne cherche à imiter les modèles américains ou allemands, et toutes assument des solutions originales, parfois déroutantes. C’est ce qui explique qu’elles soient restées aussi présentes dans l’imaginaire collectif : elles ont une personnalité que l’on reconnaît de loin.

Aujourd’hui, les rassemblements de 2CV, de DS et de 4L attirent des passionnés de tous âges. On y croise des voitures restaurées avec soin, d’autres rafistolées avec amour, et souvent des propriétaires qui les ont héritées de leurs parents. C’est peut-être le meilleur signe de réussite pour une voiture populaire : avoir traversé les générations sans jamais devenir ordinaire.


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