En 1964, un étudiant du Kentucky s’offre une Ford Mustang, juste après ses études à Berea College. Il s’appelle Jack Roush, il est né en 1942 à Covington, et il ne le sait pas encore, mais cette voiture est le début d’une longue histoire. Presque soixante ans plus tard, des Mustang portent son nom et sont vendues dans des concessions Ford.
Un ingénieur chez Ford, puis la course
Après ses études, Jack Roush entre chez Ford, à l’usine de Dearborn, où il travaille sur des problèmes de qualité liés aux pièces fournies par les sous-traitants. Il quitte la firme en 1970 et passe un an chez Chrysler, avant de se lancer dans la compétition.
Ce parcours explique beaucoup de choses. Roush n’est pas un mécanicien de garage devenu célèbre par hasard : c’est un ingénieur qui a compris le fonctionnement de l’industrie de l’intérieur. Il connaît les procédures, les contraintes de coût, les limites de la série. Cela lui permet plus tard de concevoir des modifications qui respectent le cahier des charges d’un constructeur.
Roush Performance et le marché de la pièce
Dans les années 1970, il fonde une entreprise d’ingénierie de performance, destinée à fournir des pièces au marché de l’aftermarket. Elle est à l’origine de ce qui deviendra Roush Performance, spécialisée dans la modification de véhicules Ford, en premier lieu la Mustang, mais aussi des Focus et des pick-up F-150.
Les voitures sont assemblées à Livonia, dans le Michigan. Elles reçoivent une suspension revue, des éléments de carrosserie spécifiques, un intérieur adapté et, selon les modèles, un moteur modifié. Elles sont proposées dans des concessions Ford sélectionnées. Le principe ressemble à celui d’un préparateur d’usine, avec une différence : Roush reste une entreprise indépendante, pas une division de Ford.
La Stage 3, la Mustang la plus musclée
Parmi les modèles les plus connus figure la Roush Stage 3. Elle part d’une Mustang GT, à laquelle on ajoute un compresseur volumétrique. Sur la génération récente, le V8 de 5,0 litres atteint environ 710 chevaux, avec un couple de l’ordre de 610 livres-pieds. La voiture n’est pas seulement plus puissante : la suspension, les freins, les roues et les pneus sont revus pour accompagner la hausse de performances.
C’est ce qui distingue une voiture bien préparée d’un simple ajout de chevaux. Une Mustang avec un compresseur mais sans le reste ne serait pas très agréable. Roush cherche à obtenir un ensemble équilibré, plus proche d’un produit fini que d’un kit.
NASCAR, le terrain d’entraînement
Le nom Roush est aussi indissociable de la NASCAR. Son équipe, d’abord baptisée Roush Racing, entre en NASCAR en 1988 après avoir remporté des titres constructeurs en compétition dans les années 1980. Elle prend ensuite le nom de Roush Fenway Racing en 2007, puis celui de RFK Racing en 2022, quand le pilote Brad Keselowski devient copropriétaire.
Sur la piste, elle décroche deux titres consécutifs en Cup Series : en 2003 avec Matt Kenseth, en 2004 avec Kurt Busch. Jack Roush est reconnu comme l’un des propriétaires les plus victorieux de l’histoire de la discipline. Il a été intronisé au Automotive Hall of Fame en 2017 et au NASCAR Hall of Fame en 2019.
Cette double vie, entre voitures de course et voitures de série, est la marque de fabrique de Roush. Ce qui est éprouvé le dimanche sur un ovale sert de matière première au travail réalisé le lundi sur une Mustang de route. La passion d’un étudiant pour sa première voiture est devenue une entreprise complète, avec ses ateliers, ses équipes et son public.


