Cosworth, le moteur qui a écrit la Formule 1 avant de chausser la Sierra

Cosworth, le moteur qui a écrit la Formule 1 avant de chausser la Sierra

Le 4 juin 1967, au Grand Prix des Pays-Bas à Zandvoort, une Lotus 49 vert et jaune s’élance avec, sous le capot, un moteur que personne n’a jamais vu en course. Il s’appelle DFV. Quelques heures plus tard, Jim Clark franchit la ligne en vainqueur. Le moteur a gagné dès sa première sortie. Ce jour-là, la Formule 1 a changé de camp.

Costin, Duckworth, un nom né d’un alliage

Cosworth est fondée en 1958 par deux ingénieurs britanniques, Mike Costin et Keith Duckworth. Le nom est la contraction de leurs deux patronymes : Cos pour Costin, worth pour Duckworth. Les deux hommes se connaissent depuis leur passage chez Lotus, où Costin a travaillé sur le développement des voitures de Colin Chapman.

Leur entreprise se spécialise dans la préparation de moteurs de course, notamment pour les petites cylindrées et la formule Junior. Keith Duckworth, esprit pointilleux, s’intéresse surtout à la conception du moteur lui-même. Mike Costin, plus ouvert sur les circuits, tisse les liens avec les équipes. Un tandem complémentaire, parfaitement adapté à l’époque.

Le DFV, un moteur conçu pour être une pièce de châssis

À la fin des années 1960, la Formule 1 passe à une nouvelle réglementation, avec des moteurs de trois litres. Colin Chapman cherche un moteur compétitif et fiable. Ford accepte de financer le développement d’un nouveau V8 auprès de Cosworth, sous l’impulsion de son dirigeant Walter Hayes.

Le résultat s’appelle DFV, pour « Double Four Valve » : un V8 à quatre soupapes par cylindre, léger, compact et relativement simple. Son originalité est aussi structurelle : le moteur est conçu pour servir d’élément porteur, c’est-à-dire que le châssis de la monoplace se fixe directement à lui. Ce choix améliore la rigidité et réduit le poids, deux qualités décisives.

La Lotus 49, première voiture équipée du DFV, remporte la victoire en 1967. Le moteur est ensuite commercialisé auprès de nombreuses équipes, ce qui est en soi une révolution : jusqu’alors, seuls quelques constructeurs disposaient de moteurs compétitifs. Avec le DFV, des équipes indépendantes peuvent gagner. C’est un tournant qui fera naître la génération des « garagistes » britanniques.

Plus de quinze ans de règne

Le DFV reste en Formule 1 pendant plus de quinze ans, ce qui est considérable pour un moteur de compétition. Il remporte plus de cent cinquante Grands Prix, un chiffre longtemps resté hors d’atteinte, et équipe de nombreuses écuries championnes du monde. Sa dernière victoire en Grand Prix date de 1983, à Détroit.

Cette longévité s’explique par une conception équilibrée : ni excessive, ni fragile. Le moteur est bon, simple à entretenir, facile à approvisionner. Une caractéristique qui séduit une génération d’écuries dont les moyens sont limités.

La Sierra RS Cosworth, une voiture d’homologation

Après la Formule 1, le nom de Cosworth entre dans l’histoire de la voiture de série. Ford Europe cherche alors à gagner des courses de tourisme en Groupe A, où les règlements imposent de produire un nombre minimal d’exemplaires pour homologuer une voiture. La Sierra, berline familiale aux lignes aérodynamiques, est la base du projet.

En 1986 apparaît la Sierra RS Cosworth. Elle reçoit un quatre-cylindres deux litres turbocompressé, développé avec Cosworth, qui délivre environ deux cents chevaux. Son aspect est reconnaissable entre mille : un immense aileron arrière, des prises d’air supplémentaires, des jantes spécifiques. Elle est produite à cinq cents exemplaires pour satisfaire aux règles d’homologation.

Une version évoluée, la RS500, suit quelques années plus tard, produite à environ 500 exemplaires, comme son nom l’indique, avec une préparation encore plus poussée. Elle est destinée à remplir le même rôle en compétition.

Sur piste, la Sierra Cosworth s’illustre dans plusieurs championnats de tourisme en Europe et ailleurs. Sur route, elle devient une voiture emblématique de la fin des années 1980, à la fois recherchée et, avec le temps, très convoitée par les collectionneurs.

Un nom qui reste sur la culasse

Cosworth a connu une histoire industrielle mouvementée, avec plusieurs changements de propriétaire, mais son nom continue d’être associé à des moteurs de course et à des composants pour l’automobile. Il est peut-être le seul préparateur dont l’identité apparaît à la fois sur les culasses de monoplaces, sur les pièces d’un moteur de Ford et sur les affiches d’une berline sportive.

Ce que l’on retient, c’est la force d’une idée : un petit bureau d’études a obtenu, avec le DFV, une victoire dès la première sortie. Le reste, y compris la Sierra, en découle. Duckworth disparaît en 2005, mais son moteur, lui, continue de faire vibrer les amateurs, chaque fois qu’un DFV fait entendre, dans une course d’histoire, son cri caractéristique.


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