Un bleu profond, deux bandes blanches sur toute la longueur de la caisse : la Renault 8 Gordini est reconnaissable de loin. Derrière cette livrée, il y a un homme, Amédée Gordini, un mécanicien né en Italie en 1899, arrivé à Paris en 1925, que la presse a fini par surnommer « le sorcier ».
Naissance d’un surnom
Le surnom lui est attribué à la fin des années 1930. Il s’impose dans sa catégorie de cylindrée aux 24 Heures de Spa, en 1938, au volant d’une version sportive de la Simca 8, une voiture dérivée de la Fiat. Le journaliste Charles Faroux, qui suit alors de près les courses, le baptise « le sorcier », en référence à sa capacité à tirer des performances inattendues de mécaniques modestes.
Ce trait reste sa marque de fabrique. Gordini n’a jamais disposé de budgets considérables. Il a construit sa réputation en améliorant des moteurs simples avec des moyens limités, à force d’ingéniosité et de patience.
Simca, puis ses propres voitures
Avant guerre, puis après elle, Gordini travaille sur les modèles de la marque Simca, dont il prépare les moteurs. Il fait ensuite courir ses propres voitures, monoplaces et barquettes, dans les grandes épreuves européennes, en Formule 1 comme en endurance. Ces engagements sont souvent héroïques : l’équipe affronte des écuries bien mieux dotées.
Ce passé de constructeur en petite série lui vaut une réputation solide, mais l’aventure reste difficile à financer. Le rapprochement avec un grand constructeur devient logique.
Renault : des Gordini de série
En janvier 1957, Gordini s’associe à Renault. Le premier fruit visible de cette collaboration est la Dauphine Gordini, proposée à partir de 1957. La marque pose là le principe qui fera sa fortune : proposer, dans le catalogue même d’un constructeur généraliste, une version plus vive de la voiture populaire.
Le grand succès arrive en 1964 avec la Renault 8 Gordini. Basée sur la berline compacte de Renault, elle reçoit un moteur plus puissant, une boîte à cinq rapports, quatre phares et une livrée bleue à bandes blanches qui la distingue immédiatement. Elle développe un peu moins de cent chevaux, ce qui la place parmi les sportives les plus vives de sa catégorie. Elle est aussi utilisée en compétition, où sa légèreté et sa robustesse font merveille, notamment en rallye. Sa production se poursuit jusqu’en 1970.
La Renault 12 Gordini lui succède de 1970 à 1974. Elle prolonge la formule dans la même veine : une berline familiale transformée en voiture vive, sans perdre sa polyvalence. La Renault 17 Gordini, plus tardive, reprend l’idée sur une base coupé.
Alpine, Renault Sport, et la fin d’un nom
En 1969, l’équipe Gordini est installée à Viry-Châtillon, en région parisienne, et intégrée à la structure de Renault. Elle devient le service compétition du constructeur. En 1976, elle fusionne avec Alpine pour former Renault Sport, une entité destinée à structurer tout l’effort sportif de la marque.
Amédée Gordini reste associé à cette évolution. Il a travaillé, en 1970, à la conception et à l’architecture d’un moteur V6 qui contribuera au succès de la voiture victorieuse aux 24 Heures du Mans de 1978, une réussite qu’il a pu voir avant sa disparition en 1979.
Un héritage plus large que son nom
Le nom Gordini est resté attaché aux Renault sportives et a été repris à plusieurs reprises pour des séries spéciales. Mais sa portée réelle dépasse cette étiquette. Gordini a montré qu’on pouvait bâtir une culture sportive à partir de voitures populaires, sans passer par des voitures de prestige. Cette idée a traversé les décennies : elle nourrit encore aujourd’hui les versions sportives de citadines, des Renault Sport aux compactes les plus vives du marché.


