Une forêt, un talus de spectateurs collés à la piste, et une voiture qui surgit dans un nuage de gravier en crachant des flammes à l’échappement. Le Groupe B, entre 1982 et 1986, a offert au rallye des images qui restent gravées dans la mémoire des passionnés. Il a aussi mené la discipline au bord du gouffre.
Un règlement qui ouvre la porte
Le Groupe B est une catégorie créée par la fédération internationale pour remplacer des catégories plus anciennes. Son règlement était très permissif : il suffisait de construire un nombre limité d’exemplaires de série pour homologuer un modèle, ce qui autorisait des voitures de course quasiment pures, à peine déguisées en voitures de route.
Les constructeurs y ont vu une occasion de montrer leur savoir-faire. Le carburant coulait à flots dans les budgets de développement, les matériaux légers se multipliaient, les turbocompresseurs se faisaient plus gourmands. Les voitures devenaient de plus en plus puissantes, sur des routes qui, elles, restaient les mêmes : étroites, poussiéreuses, bordées d’arbres et de spectateurs.
Audi ouvre la voie
Avant le Groupe B, Audi avait déjà bousculé le rallye avec la Quattro, présentée en 1980. Sa transmission intégrale permanente, inédite à ce niveau, offrait une motricité que les voitures à deux roues motrices ne pouvaient pas égaler, surtout sur la neige et la terre. La pilote française Michèle Mouton s’est illustrée à son volant, en devenant la première femme à remporter une épreuve du championnat du monde, en Italie en 1981, et en jouant le titre l’année suivante.
Les autres constructeurs ont dû suivre. Ils ont adopté la transmission intégrale, puis ont cherché à s’en démarquer par des solutions toujours plus radicales : moteurs placés au milieu de la voiture, carrosseries en composites, ailerons énormes. Le rallye devenait un laboratoire à très grande vitesse.
Deux monstres et une innovation
Parmi les voitures de cette période, deux sont particulièrement restées dans les mémoires. La Peugeot 205 Turbo 16, avec son moteur central et sa transmission intégrale, domine la fin de la période. La marque remporte le titre des constructeurs en 1985 et en 1986, avec des pilotes comme Timo Salonen puis Juha Kankkunen.
La Lancia Delta S4, apparue en 1985, pousse encore plus loin l’ingénierie : son moteur associait un compresseur volumétrique, efficace à bas régime, et un turbocompresseur, plus puissant à haut régime. Le résultat était une réponse presque immédiate, mais une voiture difficile à maîtriser sur des routes étroites.
À côté d’elles, d’autres modèles, comme la Ford RS200 ou la MG Metro 6R4, montraient la diversité des approches. Le public, lui, se pressait toujours plus nombreux au bord des spéciales, avec un manque de précautions qui se révélerait fatal.
1986, l’année de trop
La saison 1986 est marquée par une série d’accidents graves. Au Rallye du Portugal, une Ford RS200 sort de la route et percute des spectateurs, faisant plusieurs morts parmi le public. Quelques semaines plus tard, au Tour de Corse, le pilote finlandais Henri Toivonen et son copilote américain Sergio Cresto trouvent la mort au volant d’une Lancia Delta S4, dont la voiture quitte la route et prend feu.
Ces événements provoquent une réaction rapide. La fédération décide de mettre fin au Groupe B à l’issue de la saison 1986 et de le remplacer par une catégorie plus encadrée, avec des voitures plus proches de la série. Les constructeurs, dont certains avaient déjà des projets prêts à courir, ont dû renoncer à leurs voitures les plus extrêmes.
Ce qu’il en reste
L’héritage du Groupe B est double. D’un côté, il a laissé une mythologie : des voitures spectaculaires, des pilotes courageux, une époque où l’on avait l’impression que tout était possible. De l’autre, il a rappelé que la performance ne peut pas exister sans sécurité, et que les règlements doivent évoluer avec la puissance des machines.
Le rallye moderne s’est construit en réaction à cette période : contrôle des spectateurs, zones de sécurité, normes plus strictes pour les voitures et les équipements. La transmission intégrale, elle, est devenue un standard, tant en compétition que sur les routes de série.
Ces voitures sont aujourd’hui des pièces de collection très recherchées. Lorsqu’elles reprennent la route lors de démonstrations, le public se presse pour les voir, et pour les entendre. On y retrouve ce mélange d’admiration et de gravité qui accompagne les grandes pages d’histoire.


